Enregistrement de l’électrocardiogramme par la méthode de Holter chez 8 parapentistes de haut niveau. Une thèse du Club Mont Blanc Cœur et Sport avec le Pr. Y. HOUDAS. Mis à jour juillet 2016.
Thèse médecine LILLE 1995
Pdt de Thèse : Pr. Y. HOUDAS
« Nous devons voler et tomber, voler et tomber, jusqu’à ce que nous puissions voler sans tomber ».
Otto LILIENTHAL (1848 – 1896)
I - LE MATÉRIEL
• Un parapente c’est :
– 100 m2 de tissu (des nylons ou polyamides et aujourd’hui des tergals ou polyesters) raidit par enduction (résine silicone-polyuréthane) ;
– 500 m de fil à coudre ;
– 250 m de suspentes exemptes d’élasticité (kevlar, dyneema) ;
– et quelques mètres de sangles pour l’attache de la sellette. Soit 4 à 6 Kg de polymères synthétiques tenant dans un sac à dos.
– S’y ajoute une sellette pour l’assise du pilote.
II - Les contraintes de l’organisme liées à l’exercice du parapente
1°) L’environnement physique des vols
L’altitude
• Altitude des décollages des sites de vol courants en montagne : entre 500 et 1500 m.
• Ascendances thermiques (sous nos latitudes) :
– Vitesses ascensionnelles = 1 à 6 m/s.
– Ampleur des ascendances = quelques mètres à 1000-2000 m.
• La plupart des vols se font ainsi généralement entre 500 et 2000/2500 m, gains compris.
- L’exposition aiguë à un niveau compris entre 2000 et 2500/3000 m ne se ressent qu’à l’effort.
- La fréquence cardiaque s’accélère au repos dès l’exposition à une altitude seuil variable selon les sujets avec un minimum de 1500 m. Elle est d’autant plus franche que l’élévation est rapide et l’altitude atteinte plus élevée (17,21,54). RICHALET et coll. (55) montrent qu’un abaissement de 1% de la SaO2 s’accompagne au repos comme à l’effort d’une élévation de la FC de 1 bpm.
- La consommation de tabac détermine chez l’individu une altitude apparente supérieure à l’altitude réelle par le biais d’un taux de carboxyhémoglobine accru (6).
Le froid
Les parapentistes ont trois raisons de se refroidir en vol :
– La température liée aux saisons est toujours inférieure en vol à celle du corps. Les gains d’altitude expose de surcroît les sujets à une baisse de la température de 0,6°/ 100 m gagné.
– Le caractère très modeste de l’activité musculaire mise en jeu.
– Le déplacement permanent du parapentiste majore sa déperdition thermique par convection forcée (intérêt d’un coupe-vent +++).
Les facteurs agissant sur la susceptibilité de l’organisme au froid :
– Le port de vêtements détrempés (marche d’approche).
– La déshydratation (marche, randonnée, paralpinisme).
– L’hypoxie hypobarique accroît la sensibilité de l’organisme au froid.
– Toute gêne au retour veineux (sangles mal réglées d’un harnais heureusement
devenu rare avec l’adoption des sellettes).
– Le tabac accroît la sensibilité des vaisseaux aux catécholamines tout en ayant un
effet vasoconstricteur direct.
LEBLANC (41) a trouvé que l’exposition au froid de la face seule produit une diminution de la FC
proportionnelle à la température cutanée par une réaction vagale prédominante et, à l’inverse,
qu’une exposition au froid d’une main produit une augmentation de la FC de 5 bpm d’origine
adrénergique. Dans les deux cas se produit une élévation des PAS et PAD.
D’autres études montrent :
- que l’exposition cutanée localisée (main, visage) au froid provoque dans les 30 à 60" une
élévation de la FC avec toujours une VC qui se généralise faisant augmenter les résistances
périphériques totales. Ainsi, les effets du froid en parapente simplement localisé sur les mains
ou le visage peuvent solliciter le système cardio-vasculaire de manière non négligeable.
- qu’une exposition cutanée au froid augment chez le sujet sain le débit coronaire suite à une
augmentation des résistances périphériques qui élèvent la post-charge du VG et donc l’activité
du myocarde.
- que des artères coronaires sièges de lésions importantes se mettent par contre souvent en VC
par une hypersensibilité anormale des segments lésés à la réponse sympathique induite par
le stimulus froid.
III - RÉALISATION DE NOTRE ÉTUDE
A/ But de l’étude
• Mieux connaître les contraintes cardiovasculaires d’une activité aérienne démocratisée en quelques années d’existence par la simplicité de son matériel et de son pilotage et dont le succès s’explique par sa réponse à l’un des plus vieux rêve de l’homme.
• Physiquement peu exigeant, le parapente est-il recommandable à tous les organismes sans précaution ou restriction particulière ?
• De nombreux pilotes aborde la compétition en parapente avec une préparation physiques apportée par d’autres sports choisis préférentiellement en endurance voire par des méthodes de relaxation. Y a-t-il une vraie raison ?
• Y a-t-il une différence de sollicitation de l’appareil cardiovasculaire entre les pratiquants de base et les compétiteurs ? Une seule étude avait été réalisée chez 20 pilotes d’un club de Vol Libre à partir de Holter et de Sport-testers (CHEVALLIER, 16).
B/ Contexte des enregistrements
• Avec l’aide de Gérard JULLIEN, DTN auprès de la FFVL, nous avons effectué nos enregistrements Holters de l’ECG dans le contexte d’une compétition comptant pour la sélection des 15 pilotes qui composeront l’équipe de France de parapente en vue des premiers championnats du monde de la discipline.
• Cette compétition étalée sur 3 jours était précédée de 2 journées d’entraînement sous la directive du DTN.
Quelques pilotes étrangers tête de série chez eux participaient aux épreuves en outsider pour une émulation et une mise en situation des pilotes.
• Parmi les 80 pilotes présents, nous nous proposerons d’enregistrer 10 pilotes volontaires parmi les plus sérieux prétendants à entrer dans cette équipe de France en proposant également aux outsiders d’y participer.
• Les enregistrements ont ainsi été réalisés à Millau (Aveyron) du 4 au 8 mai 1989.
• Les 2 sites de vols retenus se trouvaient à moins de 10 minutes en voiture de Millau situé à 380 m d’altitude, l’un à 840 m sans marche d’approche, l’autre à 720 m avec une marche d’approche de 15 minutes sur un faible dénivelé.
• 10 pilotes se prêteront facilement au jeu de nos enregistrements. Les pilotes étaient appareillés toute la
journée durant pour des raisons matérielles (pose des Holters dans de bonnes conditions, isolement pour
ne pas exclure les femmes) et pratiques (activité de plein air, dispersion des pilotes, changement possible
rapide de site d’envol en fonction de la météorologie, contraindre le moins possible les pilotes devant
l’enjeu de la compétition). Avec 2 appareils à notre disposition, nous pouvions effectuer 2 enregistrements
par jour.
• Seuls les 4 premiers jours des épreuves sportives permirent de voler. La météorologie trop venteuse du 5e jour annulera toute possibilité de voler. 8 pilotes ont ainsi été enregistrés durant des vols.
C/ Recueil et lecture des données
1) Les enregistreurs
• Nous avons utilisé :
– 2 enregistreurs magnétiques 4 pistes-2 dérivations Ela Medical 2448 fonctionnant en
modulation d’amplitude (analogiques).
– Des cassettes C 60 audio à l’oxyde de fer avec une vitesse de défilement des bandes calée sur
les enregistreurs à 1 mm/s.
– Des électrodes autocollantes à usage unique pour test d’effort Graphic Controls, 3 Medi Trace
à l’Ag/AgCl fixée après nettoyage et abrasion superficielle de la peau à l’aide de compresses
imbibées d’un mélange 1/3-éther et 2/3-alcool.
– Les dérivations utilisées ont été placées pour obtenir deux dérivations bipolaires, une dérivation
dite CM5 et une dérivation orthogonale de type V1. La 5e électrode servant de masse était en
VR5.
– Câbles et électrodes étaient solidement fixés par de larges bandes d’Elastoplaste (activité de
plein air, frottement des bretelles du sac à dos pour porter le parapente durant la marche
d’approche puis frottement des bretelles de la sellette durant tout le vol, surtout au
décollage).
2) La lecture et le traitement des données
• La fréquence cardiaque a été analysée sur un appareil Anatec S2 MM 50 Ela Medical équipé du
programme optionnel d’analyse de la fréquence cardiaque avec une résolution par pas de 15
secondes.
• L’étude du rythme cardiaque a été réalisée par une relecture des bandes sur un appareil Anatec 11
3B Ela Medical qui établi une mise en forme statistique des données sous la forme d’histogrammes
de distribution des intervalles RR couplés chaque fois à un histogramme des écarts de ces périodes.
• L’analyse du segment ST réalisée dans une démarche systématique, a nécessité le recours à un
appareil Elatec Ela Medical qui permet une analyse entièrement automatisée et paramétrable du
segment ST après numérisation des 2 pistes ECG.
D/ Profil des huit pilotes étudiés
• 8 des 10 pilotes enregistrés sur 5 jours ont pu voler, 6 hommes et 2 femmes. Les 2 pilotes qui
n’ont pas pu voler le dernier jour des épreuves ont été exclus de l’étude.
• L’âge moyen des 8 pilotes est de 25 ans (±4) avec des extrêmes de 20 et 32 ans.
• 7 de ces pilotes sont de niveau international et un de celui du monitorat.
• 7 de ces pilotes seront retenus en équipe de France à l’issue de la dernière compétition qualificative
qui s’est déroulée quinze jours plus tard à St Hilaire du Touvet (Isère).
• Sur le plan sportif, le parapente n’est pas un sport exclusif chez 7 des 8 pilotes. 4 en font
profession. 2 sont liés professionnellement au ski durant l’hiver (moniteur/compétiteur).
• Parmi les disciplines de l’air, 4 pilotes se livrent à l’aile delta, 3 au parachutisme et 1 au planeur.
• 3 pilotes pratiquent régulièrement d’autres sports tout au long de l’année (course à pied, squash
ou gymnastique).
• Leur expérience en parapente exprimée en nombre de vols ou d’heures de vol leur à été impossible
à chiffrer.
IV - LES RÉSULTATS