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Coeur âgé et sport

Coeur âgé et sport

No limit ? Un article du Pr. François Carré, revue Cardio&Sport N°46.

Le vieillissement induit une baisse progressive des capacités d’adaptation de l’organisme aux contraintes auxquelles il est confronté. Chez un sujet en “bonne santé”, les dysfonctionnements dus au vieillissement ne sont ressentis qu’après 65 ans, mais ses méfaits fonctionnels s’installent à bas bruit avant.
Pr François Carré
 

LES OUTRAGES DE L’ÂGE SUR LES ADAPTATIONS À L’EFFORT

L’exercice musculaire maximal révèle bien la baisse des capacités d’adaptation de l’organisme (Tab. 1). La baisse des qualités physiques liée à l’âge est plus précoce que celle des capacités intellectuelles. La capacité physique diminue de 50-60 % entre 20 et 70 ans dans la population générale (1). Elle est liée à une altération du fonctionnement et des systèmes de régulation des adaptations des organes impliqués dans le captage, le transport et l’utilisation de l’oxygène (O2). Après 30 ans, à niveau d’activité physique constant, le VO2 max diminue de 10 % par décennie et plus après 65-70 ans avec des variations interindividuelles marquées (2).

LE SYSTÈME RESPIRATOIRE

Une baisse de compliance de la cage thoracique, de la qualité des muscles respiratoires, du tissu parenchymateux pulmonaire et de la diffusion de l’O2 est décrite. La dilatation des conduits aériens explique une hyperinflation bronchique à l’effort (3). Le débit ventilatoire de repos du sujet âgé est maintenu par une fréquence respiratoire accrue.
À l’effort, le travail respiratoire est augmenté avec un trouble du rapport ventilation/perfusion et une baisse de la ventilation maximale sans effet préventif de l’entraînement (4). D’où un nombre de dyspnées “limitantes” pour le vétéran qui accepte très mal cette explication physiopathologique !

LE SYSTÈME CARDIOVASCULAIRE

Au niveau du myocarde, l’apoptose, la nécrose et l’altération fonctionnelle mitochondriale expliquent la perte cellulaire avec hypertrophie cardiomyocytaire compensatrice (5). La fibrose associée favorise le trouble de relaxation myocardique et la survenue des troubles du rythme et de conduction (5). La baisse de réponse à la stimulation adrénergique participe aux troubles de relaxation et de contractilité myocardiques (5). Enfin, la perfusion myocardique est altérée du fait de l’athérome coronaire et de l’absence de néovascularisation adaptée (5). Le débit cardiaque de repos est maintenu, mais est diminué à l’effort maximal par la limitation de la fréquence cardiaque (5-8 bpm/10 ans) et l’hypocontractilité.
Concernant les vaisseaux artériels, avec l’âge, les artères élastiques s’allongent et deviennent tortueuses avec épaississement de l’intima et de la média et baisse de la capacité vasodilatatrice (6). L’augmentation de la rigidité artérielle explique l’élévation de la vitesse de propagation de l’onde de pouls et l’élévation de la pression pulsée au repos et à l’effort (6). D’ailleurs, lors d’un exercice dynamique, l’âge et la puissance développée sont les deux facteurs les plus impliqués dans la valeur maximale de pression artérielle systolique (7). Le couplage ventriculoartériel à l’effort est altéré du fait de la moindre augmentation de l’élastance ventriculaire (8). Enfin, les pressions artérielles pulmonaires à l’effort augmentent nettement après 45-50 ans avec un retentissement sur le ventricule droit (Fig. 1). La pratique régulière d’une activité physique modérée ralentit les effets délétères, surtout vasculaires, de l’âge (9). Ainsi, le vétéran s’adapte à l’effort comme un jeune… sous bêtabloquants avec diminution de ses réserves chonotrope et vasodilatatrice.

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