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SIGNES CARDIOVASCULAIRES DU SURENTRAINEMENT

SIGNES CARDIOVASCULAIRES DU SURENTRAINEMENT

L'entraînement sportif peut atteindre un tel niveau que des syndromes de surentraînement sont décrits. Leur origine centrale ou périphérique est très controversée...

Explorations Fonctionnelles,
Unité Biologie et médecine du Sport,
Hôpital Pontchaillou-Université Rennes 1
F. Carré
Mise à jour mai 2008

 
L'entraînement sportif peut atteindre un tel niveau que des syndromes de surentraînement sont décrits. Leur origine centrale ou périphérique est très controversée et vu la diversité des signes cliniques rapportés une définition précise et incontestée du surentraînement est difficile. C'est pourquoi il reste défini comme une baisse objective des performances malgré le maintien ou l'augmentation des charges d‘entraînement. Il peut être lié à une quantité trop importante d'entraînement ou à une intensité trop élevée lors des séances dîtes de qualité. C'est souvent le résultat d'un déséquilibre entre les deux facteurs de la performance qui sont l'entraînement et la récupération.
Des signes cardiaques ont été décrits dans ce syndrome. Cependant il faut toujours garder à l'esprit que devant la découverte de symptômes cardiaques chez un sportif le diagnostic de surentraînement est et doit rester un diagnostic d'élimination. En d'autres termes, un bilan cardiologique adapté doit toujours être réalisé chez un sportif symptomatique. Le problème posé le plus souvent en pratique est de savoir si les symptômes observés sont liés à un surentraînement ou font partie des signes du cœur d'athlète dont les limites sont parfois difficiles à affirmer.
 
Les signes cliniques cardiaques du surentraînement.
Au repos il peut s'agir d'une hypotension orthostatique et/ou d‘une modification nette de la fréquence cardiaque de repos (d'au moins 5 battements) souvent repérée par le sportif lui-même. Il peut s'agir d'une tachycardie ou plu souvent d'une bradycardie.
A l'effort, une tachycardie relative est observée pour tous les paliers d'effort avec parfois une baisse de la fréquence cardiaque maximale qui semble surtout liée à une limitation musculaire plus précoce.
Ces modifications de la fréquence cardiaque sont reliées le plus souvent à une altération de la balance autonomique. La pratique bien conduite d'un entraînement de type endurance diminue l'influence du tonus sympathique et augmente celle du parasympathique. Les influences respectives de ces deux tonus peuvent d'ailleurs varier au cours de la saison sportive selon le type d'entraînement pratiqué sans pour cela normalement que la fréquence cardiaque de repos soit modifiée.
 
Signes ECG du cœur d'athlète ou surentraînement ?
Les altérations de la balance autonomique peuvent être telles qu'elles provoquent des symptômes liés à l'apparition d'arythmies à priori bénignes mais mal tolérées par l'athlète. C'est parfois le cas de bradycardie majeure de repos accompagné lors des phases de récupération incluses dans les « séances de fractionné » d'arythmie le plus souvent atriales et d'origine dites « vagales ». Le foyer arythmogène pourrait être une dilatation auriculaire. Argument majeur du diagnostic la symptomatologie doit disparaître lorsque la quantité d'entraînement est diminuée.
La découverte récente d'autres arythmies en particulier au repos ou à l'effort comme des extrasystoles ventriculaires ou de phénomènes répétitifs impose toujours la réalisation d'un bilan cardiologique complet, avant d'évoquer le diagnostic de surentraînement ou la prise de produits interdits.
Les particularités de la repolarisation posent aussi souvent des problèmes diagnostiques. Ces particularités peuvent, surtout chez des spécialistes d'endurance, évoluer avec la saison sportive. Mais ces modifications ont un aspect individuel et sont mal liées à la performance. Il ne semble donc pas raisonnable aujourd'hui de vouloir guider un entraînement ni prévenir un surentraînement sur le suivi électrocardiographique de l'athlète.
 
Signes échographiques du cœur d'athlète ou surentraînement ?

Les signes échographiques du cœur d'athlète ont été abondamment décrits. Ils sont caractérisés par la présence possible, mais pas obligatoire d'une hypertrophie-dilatation harmonieuse des quatre cavités cardiaques associée à une fonction systolique de repos normale et à une fonction diastolique supra-normale. Les caractéristiques de cette hypertrophie atteignent le plus souvent les limites supérieures des normes reconnues. Des fuites valvulaires minimes sont souvent associées à cette augmentation de la masse cardiaque.

Il peut cependant arriver dans un très faible pourcentage de cas que les modifications observées soient majeures et surtout ne régressent pas totalement après un arrêt complet et prolongé de la pratique sportive.

L'absence de symptomatologie doit toujours être vérifiée. De plus, la réalisation d'un bilan à l'effort avec appréciation des qualités myocardiques fonctionnelles (épreuve d'effort avec analyse des échanges gazeux ou échocardiogramme d'effort) qui vérifiera l'adéquation entre la performance réalisée et la quantité d'entraînement suivie peut aider au diagnostic de bénignité.
 

Surentraînement ou « fatigue » myocardique physiologique ?

La réalisation d'exercices d' «ultra-endurance » s'accompagne de lésions histologiques et de fatigue au niveau des muscles squelettiques objectives qui peuvent limiter la performance. Il est donc possible que le myocarde qui est aussi un muscle strié puissent présenter des signes de « fatigue ». Celle-ci a été récemment objectivée d'une part sur le plan fondamental par la mise en évidence d'une baisse de la courbe force-vélocité du muscle papillaire avec diminution du recaptage du calcium sur des modèles animaux et d'autre part chez l'homme avec une baisse des fonctions systolique et diastolique échographiques et élévation de marqueurs bilogiques de souffrance myocardique comme les CK MB, troponine T et BNP au décours immédiat d'épreuves de logue durée. Elément rassurant, toutes ces modifications sont rapidement et totalement régressives.
 

Intolérance à l'orthostatisme, signe de surentraînement ?

Nous avons vu précédemment que la découverte récente d'une hypotension orthostatique pouvait faire évoquer un surentraînement. La fréquence des intolérances vraies à l'orthostatisme avec malaise voire syncope est plus élevée chez les athlètes spécialisés en endurance. Le sportif pouvant alors se rapprocher du sujet ayant séjourné dans l'espace. Cette intolérance à l'orthostatisme est actuellement expliquée d'une part par la rétention sanguine importante observée chez ces sportifs secondaire à l'hypertrophie cardiaque, et à l'augmentation de la fonction diastolique et de la compliance vasculaire et d'autre part par un déséquilibre entre l'action des barorécepteurs à haute et à basse pression. Ces sportifs le plus souvent ne présentent pas de baisse de leur performance sportive ce qui a fait dire à certains auteurs que certains athlètes endurants peuvent courir mais ne peuvent tenir debout.
 

Conclusions :

Les signes cardiovasculaires de surentraînement sont en règles minimes mais peuvent être révélateurs du diagnostic. Ils doivent être associés à une baisse objective des performances. Devant la découverte de signes cardiovasculaires majeurs, le surentraînement est un diagnostic d'élimination, même si les limites du cœur d'athlète sont parfois difficiles à distinguer du surentraînement. Le traitement curatif du surentraînement est le repos mais surtout ce traitement doit être préventif et repose sur une bonne collaboration entre l'athlète, l'entraîneur et le médecin chargé du suivi médical.

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