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Sport et tabagisme

Sport et tabagisme

Une association délétère. Pr Daniel Thomas pour Cardio&Sport N°45, novembre 2015 .

“Sport” et “tabagisme” sont clairement antinomiques.

La prévalence du tabagisme chez les sportifs est inférieure à celle de la population générale, mais compte tenu, d’une part, des risques majeurs pour la santé liés à ce facteur, d’autre part, de l’impact sur le confort de la pratique sportive et sur les performances, ce sujet doit être systématiquement abordé avec les sportifs. Les sportifs doivent être clairement informés des risques du tabagisme liés à la pratique sportive, et une aide concrète doit être proposée aux fumeurs pour sortir de cette dépendance. À l’inverse, chez les sujets sédentaires fumeurs, proposer une activité physique pourrait constituer une aide dans les programmes d’aide au sevrage, au moins pour limiter le syndrome de sevrage, le craving, les affects négatifs et la prise de poids à l’arrêt du tabac.

Les “produits du tabac non fumés”, en particulier le snus, émergent dans certaines activités sportives : ils sont à déconseiller et posent le problème d’une assimilation à un dopage de ce mode d’apport en nicotine. Le passage à la cigarette électronique, lorsqu’il a été choisi par un sportif fumeur pour sortir du tabac, ne doit pas être découragé, mais accompagné.
Pr Daniel Thomas*

VOUS AVEZ DIT FUMEUR… ?

La 7e des 10 règles d’or du sportif édictées par le Club des Cardiologues du Sport était initialement : « Je ne fume jamais une heure avant ni 2 heures après une pratique sportive ». Elle a logiquement été remplacée il y a quelques années par : « Je ne fume pas, en tout cas jamais dans les 2 heures qui précèdent ou qui suivent la pratique d’une activité sportive » (1) (Fig. 1). Cette affirmation, sans ambiguïté, souligne bien l’objectif à atteindre chez tout individu, mais encore plus chez un sujet sportif, qui est de ne pas fumer du tout. Le tabagisme reste cependant encore aujourd’hui présent de façon notable chez de nombreux sportifs.

En France, les dernières données précises à l’échelle nationale concernant la prévalence du tabagisme chez les sportifs remontent à 2000 (2). À l’époque, il y avait 24 % de fumeurs réguliers dans la population des sportifs, contre 31,2 % chez les non-sportifs. Les gros fumeurs (plus de dix cigarettes par jour) étaient moins nombreux chez les sportifs. La prévalence du tabagisme chez les plus jeunes était beaucoup plus faible, avec chez les sportifs licenciés de 12-24 ans, trois fois moins de fumeurs que chez les non-sportifs. Des études étrangères avaient déjà montré que dans la population générale la pratique d’un sport est inversement associée à la prévalence du tabagisme (3). Cette association inverse était également retrouvée dans l’analyse de l’activité physique des Français dans le Baromètre santé 2005 (4). D’autres études ont montré que parmi les sportifs, ceux pratiquant des sports individuels fument moins, ce qui est relativement attendu pour certains sports d’endurance, en particulier lorsqu’ils sont pratiqués en compétition. En revanche, les sports collectifs masculins comptent une part importante de fumeurs, y compris à un haut niveau de pratique (5).

TABAGISME ET SPORT : HANDICAP ET LIAISON DANGEREUSE… !

DES RISQUES TRÈS SOUS-ESTIMÉS OU PERÇUS À TORT COMME POUVANT ÊTRE COMPENSÉS

Nul n’est supposé ignorer totalement les effets majeurs du tabagisme sur la santé. Les avertissements sanitaires suffisamment explicites, écrits puis à présent illustrés, figurant sur les paquets de cigarettes sont là pour les rappeler au quotidien à tout fumeur. Et pourtant, une enquête de l’INPES de 2009 montrait que moins de 60 % des fumeurs craignaient le cancer et moins de 40 % les maladies cardiovasculaires. Dans cette enquête, près de 60 % des fumeurs pensaient que « vivre au grand air les protège des maladies liées au tabac » et autant pensaient que « l’activité physique peut compenser les effets du tabac » (6).

On retrouve ces mêmes idées fausses dans l’enquête du Baromètre Cancer 2010, dans laquelle 70,4 % des personnes interrogées pensaient que « faire du sport permet de nettoyer les poumons » et environ les deux tiers (64,6 %) que « respirer l’air des villes est aussi mauvais pour la santé que de fumer des cigarettes » (7) (Fig. 2).
Cette notion que pratiquer un sport permet de compenser les effets du tabagisme se retrouve dans les propos de jeunes ou de moins jeunes sportifs : « Oui, Docteur, je fume, mais je fais du sport » ; « J’élimine les effets du tabac par le sport ». Est également sous-estimé l’impact du tabagisme sur le confort et la performance dans leur activité sportive : « Je fume, mais cela ne limite pas mes performances ». D’ailleurs, associer de façon positive l’image du sport au tabac a été de longue date une des techniques de promotion de l’industrie du tabac.

La conséquence de ces contre-messages publicitaires, même s’ils sont à présent interdits par la loi, est qu’un lien positif entre ces deux entités pourtant antinomiques a longtemps fait son chemin auprès des sportifs fumeurs, amenés à considérer le tabagisme comme naturel, sans réel danger et récréatif : « Une cigarette après le match, c’est si bon ! ». Ou encore, pour conforter la non-dangerosité du tabagisme de citer que tel ou tel sportif est fumeur…

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