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Rencontre avec Denis Cardonne

Rencontre avec Denis Cardonne

« Mon prochain défi : la traversée de l’Atlantique en pirogue ». Propos recueillis par Charlène Catalifaud.

Denis Cardonne, 41 ans, est un sportif de l’extrême, qui a su allier avec brio ses trois passions :

Le sport, la nature et les voyages. Entre mer et haut sommet, il est sans cesse à la recherche de nouveaux défis et a parcouru plus de 80 pays. Sa devise : anima sana in corpore sano.

Cardio & Sport : Comment en êtes-vous arrivé à réaliser de tels défis ?
Denis Cardonne : J’ai été triathlète à haut niveau et rameur professionnel, mais je ne me retrouvais pas vraiment dans ce milieu sportif très structuré. J’ai baigné dans un milieu familial “sport nature”, entouré de moniteurs de ski et de voile, de guides de montagne... J’ai toujours aimé évoluer dans la nature et les grands espaces. En parallèle de ma carrière de sportif de haut niveau, j’imaginais donc déjà les défis de l’extrême que je souhaitais accomplir, motivé par l’envie de réaliser des exploits jamais faits auparavant. C’est au cours de voyages en Nouvelle-Zélande et en Australie, en observant les sauveteurs utiliser les planches, que j’ai eu l’idée de faire de longues distances de cette manière. Et c’est ainsi que j’ai établi le record du monde des 32 milles en paddle à mains nues, de Collioure à Cadaquès, en 5 h 52. Mon oncle avait un club de voile et lorsque j’étais petit, j’avais longé toute la côte à plat ventre sur une planche, sans imaginer que j’allais refaire cela quelques années plus tard ! J’ai ensuite imaginé le faire dans différentes positions, sur des distances de plus en plus grandes... Bien sûr, cela nécessite une certaine logistique et je n’ai pas réussi du premier coup, je suis notamment très dépendant des conditions météorologiques.

Cardio & Sport : Vous avez ensuite établi deux nouveaux records du monde.
D. C. : Effectivement, j’ai établi en 2011 le record du monde des 100 milles en paddle. Là, j’avais terminé à genoux et à Propos recueillis par Charlène Catalifaud plat ventre en 31 heures. J’avais initialement prévu de le faire en 24 heures, mais les conditions météorologiques étaient difficiles et j’ai été blessé. Pour l’anecdote, j’ai également eu, au bout de la 29e heure, une sorte de bouffée délirante, je n’étais pas cohérent dans ce que je faisais et je ne reconnaissais plus l’équipe médicale qui m’accompagnait. Heureusement, cela n’a pas duré longtemps, mais cela arrive quand on atteint un niveau de fatigue extrême. Le troisième record que j’ai accompli, c’est la traversée de la Méditerranée en pirogue, avec assistance cette fois, car j’avais une pirogue submersible.

Cardio & Sport : Quel est votre prochain défi ?
D. C. :
C’est la traversée de l’Atlantique en pirogue, des Canaries à la Guadeloupe, probablement fin 2017-début 2018. Cette fois, ce sera vraiment en autonomie totale, car j’aurai une embarcation insubmersible. Il y a à peu près 500 personnes qui traversent l’Atlantique, le Pacifique, ou l’océan Indien à la rame, dans tous les sens, mais ils le font dans de grosses embarcations, en naviguant entre deux et trois noeuds, en 80 jours souvent. Moi ce que je veux faire, c’est une double tentative, en pirogue, ce qui est une première mondiale, et en moins de 42 jours.

Cardio & Sport : Comment gérer les ravitaillements ?
D. C. :
Je partirai avec un stock de 40 jours d’alimentation déshydratée sous forme de sachets, avec un protocole élaboré en amont afin d’avoir tous les apports nécessaires. Concernant l’hydratation, j’ai un désalinisateur manuel ou électrique qui me permet de recycler l’eau.

Cardio & Sport : Comment vous préparez-vous à ce type d’aventure ?
D. C. :
Avant de partir, j’ai prévu une série d’expéditions d’alpinisme, que j’effectue pour le compte du groupement pharmaceutique Pharmavie, avec qui je collabore depuis 3 ans pour leur gamme nutrition et sport. J’ai par exemple gravi le Kilimandjaro en septembre, je suis allé au Pérou et je vais passer une cinquantaine de jours sur l’Everest. J’ai également prévu un raid sous l’eau en Patagonie. À noter qu’en montagne, on ne part jamais seul. J’ai toujours une équipe avec moi. Il y a des sommets plus ou moins hauts, plus ou moins techniques. Ce que je recherche, c’est l’acclimatation. Avant d’arriver sur les sommets, nous faisons du trek : une marche d’approche avant d’arriver sur le glacier et de mettre les crampons.

Cardio & Sport : Et en mer ?
D. C. :
Depuis 3 ans, je me suis beaucoup focalisé sur des expéditions en montagne, mais je continue également mes entraînements en mer. J’ai la chance d’habiter dans un environnement [les Pyrénées orientales] où j’ai accès à la fois à la montagne et à la mer...

Cardio & Sport : Lorsque vous n’êtes ni en haut d’un sommet ni dans l’eau, à quoi ressemble votre entraînement ?
D. C :
Je pratique essentiellement la course à pied, je marche beaucoup et fais beaucoup de vélo également. Mais je m’entraîne aussi en montagne : en hiver, je pratique le ski de randonnée, et en été, je troque mes skis contre des piolets et des crampons. Je fais également de l’escalade, du skyrunning... J’ai tous les jours un programme d’entraînement prévu, avec des activités variées.

Cardio & Sport : De quel suivi médical bénéficiez-vous ?
D. C. :
J’ai un partenariat avec l’hôpital de Perpignan. Je réalise régulièrement des prises de sang, et j’ai déjà effectué un électroencéphalogramme afin d’analyser mes phases de sommeil. Je consulte régulièrement un cardiologue, qui me fait faire des tests d’effort afin de détecter une éventuelle anomalie cardiaque. J’ai déjà passé également une échocardiographie.

Cardio & Sport : À quelle fréquence êtes-vous suivi ?
D. C. :
J’y vais en général tous les 3 à 6 mois pour un bilan complet, et bien sûr, avant les grandes épreuves.

Cardio & Sport : Et lors de vos expéditions ?
D. C. :
En général, je suis accompagné par une équipe médicale. Mais pour la traversée de l’Atlantique, je serai complètement seul. Toutefois, j’aurai du matériel avec moi. J’ai appris quelques gestes d’urgence, je sais recoudre une plaie par exemple.

Cardio & Sport : Utilisez-vous un cardiofréquencemètre ?
D.C. :
Je n’en utilise plus, car je me connais maintenant suffisamment pour m’en passer. Mais au début, cela m’a aidé à déterminer la bonne intensité et le bon volume d’entraînement.

Cardio & Sport : Les sports extrêmes sont-ils plus à risque sur le plan cardiovasculaire ?
D. C. :
Non, il n’y a pas de corrélation entre la pratique de sports extrêmes et le nombre de décès observés. Les décès sont liés aux accidents (chute, etc.), mais pas aux contraintes cardiovasculaires.

Propos recueillis par Charlène Catalifaud
 

LES RECORDS DU MONDE DÉTENUS PARDENIS CARDONNE

• 2007 : record du monde des 32 milles en paddle à mains nues, de Collioure à Cadaquès en 5 h 52
• 2011 : record du monde des 100 milles en paddle à mains nues, de Barcelone à Collioure en 31 h
• 2012 : record du monde de la traversée de la Méditerranée en 7 jours de la Corse jusqu’à Argelès-sur-Mer en pirogue à mains nues

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