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LE DOPAGE PEUT-IL PROVOQUER DES COMPLICATIONS CARDIO-VASCULAIRES ?
Jean GAUTHIER

- Théophylline et dérivés : bronchodilatateurs ; accélérateurs cardiaques et vasodilatateurs , ils augmentent les besoins en oxygène du cœur et peuvent provoquer une crise angineuse chez les sujets à risque ;
- Béta 2 mimétiques : bronchodilatateurs à action brève ( terbutaline , salbutamol ) ou lente ( salmétérol )
- Clenbutérol : béta 2 mimétique , bronchodilatateur , avec effets anabolisants ; il agit par stimulation sympathique des béta 2 récepteurs, avec hypertrophie de la cellule musculaire squelettique et cardiaque , augmentation de la synthèse des protéines , stimulation de la lipolyse , augmentation des dépenses énergétiques .

Les stimulants cérébraux :

les amphétamines : psychostimulants actifs sur la vigilance , la fatigue , la douleur , le désir de vaincre . Elles ont un effet stimulant sur le système nerveux autonome , entraînant une augmentation des résistances artérielles périphériques , responsable d’une vasoconstriction .

les stupéfiants : il n’y a pas d’effet de classe ; les conséquences sont polymorphes :

morphiniques ; héroïne et son édulcorant , la quinine :
inhibition sympathique
stimulation vagale
bradycardie ; hypotension ; risque syncopal
endocardite , en relation avec le mode d’administration

cannabis ; solvants ( colles ) :
dopaminergiques
tachycardisants

cocaïne :
stimulation sympathique
élévation des résistances coronaires . tachycardies
pics hypertensifs
infarctus .

Le dopage génique :
Les thérapies cellulaires et géniques se développent de façon rapide ; la possibilité de stimuler localement la production d’érythropoïétine et le développement musculaire afin d’améliorer la performance pourrait intéresser certains milieux sportifs.

Pour l’érythropoïétine :
Au niveau musculaire , on peut introduire localement un virus modifié , porteur du gêne codant de l’érythropoïétine ; les cellules du muscle injecté se mettent alors à la produire localement , mais de façon anarchique , incontrôlable , avec un risque réel à terme de thrombose par hyperviscosité .

Pour le développement musculaire , on peut :
transférer localement par adénovirus le gêne codant de la somatomédine
( Insulin Like Growth Factor - IGF 1 ) , très puissant facteur de croissance musculaire, récupéré au préalable sur un muscle lésé ; cette technique est déjà utilisée en thérapeutique . La somatomédine , facteur de croissance insulino-semblable , est produite par les récepteurs hépatiques de l’hormone de croissance ; elle est particulièrement abondante au niveau des lésions musculaires pour faciliter leur réparation . Sur le plan général elle a les mêmes effets stimulants du métabolisme énergétique et osseux et les effets hématologiques que cette hormone , mais aussi les mêmes effets secondaires , vasoconstricteurs et procoagulants .

CONSEQUENCES CARDIOVASCULAIRES :

Ce sont essentiellement l’hypertension artérielle , les accidents thrombo-emboliques , les coronaropathies , les troubles du rythme et les cardiomyopathies .

L’HYPERTENSION ARTERIELLE :

Sans doute la principale conséquence cardiovasculaire du dopage , c’est soit une poussée aiguë , découverte en urgence à l’occasion d’un trouble fonctionnel ( céphalée , vertige ) , soit une hypertension chronique révélée à la consultation .

L’apparition d’une hypertension artérielle inexpliquée chez un sportif jusque là sans antécédent évoque l’utilisation d’une substance dopante .

L’effet hypertensif des produits dopants , parfois controversé en raison d’une élévation systolique diurne pas toujours significative , est attesté par :
l’augmentation du profil tensionnel d’effort par rapport à un examen de référence ;

une absence de relâchement nocturne à la MAPA .

Les principaux responsables sont :

les anabolisants ( nandrolone ) : rétention hydrosaline

les corticoïdes : rétention hydrosaline et vasoconstriction artérielle rénale d’origine catécholergique

l’érythropoïétine ( ainsi que la caféine et quelques stimulants comme la cocaïne ) : effet vasoconstricteur direct sur la paroi artérielle par altération du métabolisme calcique

les amphétamines : vasoconstriction par augmentation rapide des résistances artérielles périphériques

LES ACCIDENTS THROMBO-EMBOLIQUES :

L’effet thrombogène des produits dopants est important . Il est responsable de thromboses et thromboembolies , favorisées chez le sportif par la bradycardie , en particulier nocturne , et la déshydratation liée à l’effort . A court terme , on relève des thromboses artério-veineuses périphériques , des embolies pulmonaires , des thromboses endocavitaires .
Les coronaires sont parfois intéressées .

Les produits en cause :

l’érythropoïétine : hyperviscosité de la polyglobulie ( augmentation de l’hématocrite )

l’autotransfusion ( et allotransfusion ) : hyperviscosité de la polyglobulie .

l’hormone de croissance : hyperviscosité de la polyglobulie

l’hémoglobine réticulée : forte activité procoagulante

l’Interleukine 3 est une glycoprotéine agissant sur la chaîne de fabrication des globules rouges en potentialisant l’érythropoïétine ; elle provoque une augmentation brutale dose-dépendante de la viscosité sanguine et une thrombopénie

les anabolisants : activité procoagulante

la cocaïne : augmentation de l’agrégation plaquettaire , dose-dépendante , mal expliquée

LES CORONAROPATHIES :

Elles sont la conséquence de deux mécanismes :
phénomènes thromboemboliques et hypercoagulabilité pour des atteintes survenant pendant la pratique sportive , favorisées chez certains par le maintien du tabagisme ; les anabolisants et les dopants hématologiques sont en cause.

lésions athéromateuses secondaires à l’hypertension artérielle , aux troubles lipidiques ; et sans doute effet athérogène direct de type inflammatoire pour des atteintes pouvant survenir parfois très à distance de la pratique sportive ; les anabolisants sont les premiers responsables , ainsi que les dopants vasoconstricteurs.

Les troubles du métabolisme glucido-lipidique en rapport avec les anabolisants constituent un élément favorisant .

Chez le dopé , une dissection coronaire à l’effort ou une rupture de plaque due à la fragilité de la paroi vasculaire peuvent aussi expliquer la survenue de l’infarctus.

La mort subite est fréquente , en cas d’accident coronarien aigu et de trouble du rythme associé , comme avec la cocaïne .

LES TROUBLES DU RYTHME :

Certains dopants ont des effets sympathomimétiques ; ce sont les stimulants respiratoires et cérébraux ; les effets secondaires cardiovasculaires les plus fréquents sont les troubles du rythme supra ventriculaires et ventriculaires , avec risque de mort subite .

Les stimulants respiratoires :
Sympathomimétiques
Théophylline et dérivés
Béta 2 mimétiques
Clenbutérol