TESTS DE TERRAIN POUR EVALUER LA CAPACITE AEROBIE ET UTILISATION DE LEURS RESULTATS Georges CAZORLA


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NIVEAU DE VALIDITE

Il s'agit ici d'avoir la preuve expérimentale que chacun des tests sélectionnés mesure effectivement ce qu'il est censé évaluer. Le niveau de corrélation calculé entre le facteur directement mesuré et le résultat du test permet de vérifier sa validité. Si la corrélation est élevée, connaissant le résultat du test il est permis d'extrapoler le facteur à évaluer. L'inverse est aussi possible.

Selon les deux objectifs principaux assignés aux tests précédents, peut-on affirmer qu'ils mesurent effectivement VO 2 max et la vitesse aérobie maximale ?

Validité et VO 2 max

Bien que la connaissance de VO 2 max ne s'avère pas indispensable aux entraîneurs, aux éducateurs et aux sportifs, certaines épreuves sont très fortement corrélées à VO 2 max. Elles permettent d'extrapoler la consommation maximale d'oxygène avec un risque inférieur à la plupart des tests indirects de laboratoire. En fonction de l'âge des sujets, la course navette de Léger et al. (1985) présente un niveau de corrélation compris entre 0,70 (n = 188 enfants) et 0,90 (n = 77 adultes).

L'épreuve de course sur grand terrain (Léger et Boucher, 1980) n'est par contre validée que pour prédire le VO 2 max de sujets adultes (r = 0,96 ; n = 25 adultes). Par contre le résultat de ce test permet aussi une très bonne prédiction des performances de demi-fond (r = 0,96 ; n = 23 adultes) et de fond (r = 0,96 ; n = 24 adultes). Il en est de même du test de Brue (1985) : r (1500m) = 0,96 ; n = 12 et r (3000m) = 0,91 ; n = 11. Ces trois tests sont donc respectivement validés pour prédire VO 2 max (navette et course sur piste) et la performance de longue durée (course sur piste et Brue), ce qui n'est pas le cas du test de Cooper qui, selon les populations étudiées et selon les auteurs, présente des niveaux de corrélation non significatif ( r : 0.24) à très significatif (r: 0.94). Cette grande variabilité interdit d'adopter sans réserve cette épreuve pour prédire le VO 2 max.

VALIDITE ET VAM

Le concept de vitesse aérobie maximale (VAM) ou vitesse limite atteinte à VO 2 max (Vmax) suscite actuellement un grand intérêt chez les entraîneurs, les enseignants d'EPS et les sportifs. A partir de la lecture des tableaux A1, A2, A3 il est aisé d'en percevoir les raisons. La connaissance de cette vitesse chez un individu donné n'est cependant pas aussi simple qu'elle en a l'air. En effet, la VAM dépend non seulement de multiples interactions biomécaniques et physiologiques (figure 1) mais aussi du protocole du test censé l'obtenir.

Au nombre des interactions, le VO 2 max, le rendement énergétique encore défini comme l'économie de course (Sjödin et Svendenhag, 1985 ; Daniels, 1985 ; Ouvrier-Buffet, 1988 ; Peronnet, 1988 ; Morgan et al, 1989 ; Lacour, 1990) et ...la motivation en sont les principales.

Ainsi la VAM résulte à la fois de l'économie de course et du VO 2 max. Connaissant la VAM, VO 2 max ne peut être extrapolé qu'en tenant compte de l'économie de course qui, selon les individus peut varier entre + 5%.

Figure 1 Différentes interactions à l'origine de la performance au ½ marathon et au marathon

Un autre point et non des moindres est que la VAM peut aussi varier en fonction du protocole du test. D'une manière générale, plus l'augmentation de la vitesse des paliers est brutale et de courte durée, plus la VAM a des chances d'être surestimée. Dans ce cas, une part importante de la VAM est liée à la production anaérobie de l'énergie.

A l'inverse, plus la durée du protocole est importante, plus la VAM risque d'être sous estimée probablement à cause des effets de la fatigue qui limitent la poursuite de l'exercice.

Figure 2 : Différentes conditions expérimentales susceptibles de surestimer ou de sous estimer la vitesse aérobie maximale à l'issue d'épreuves triangulaires habituellement utilisées.

En s'appuyant sur le protocole de Daniels et al, 1984, c'est de cette hypothèse qu'ont procédé nos travaux pour vérifier si la vitesse aérobie maximale correspondait à une et à une seule réalité. Dans un premier temps au moyen d'une épreuve, très courte avec incrémentation en rampe, nous avons mesuré directement les VO 2 max de 17 étudiants sportifs volontaires. Les VO 2 max obtenus devenaient les valeurs références (100%). Nous avons mesuré ensuite les VO 2 correspondant à cinq paliers de 6 min courues à vitesse infra maximale avant que ces étudiants passent dans un ordre aléatoire quatre des tests précédents : Léger-Boucher, Tub2, Vam-éval et Brue. Comme l'indique la figure3,à partir de la régression linéaire obtenue avec les cinq paliers infra maximaux et leurs vitesses de course, nous avons extrapolé la vitesse correspondant à VO2 max (V max). Les résultats sont présentés par la figure 3 et dans le tableau 2. Ces résultats montrent une vam extrapolée de 17,32km/h.

Figure 3 : La linéarité de la relation VO 2 vitesses infra maximales de course permet d'extrapoler la VAM.

En fonction des protocoles utilisés, on peut constater cependant que les VAM obtenues à

partir des tests TUB 2 et Vam-éval se rapprochent le plus de la Vmax référence : 17,32 + 0.96 km .h -1 . En outre dans cette même étude nous avons obtenu des VAMS de 1,5 km .h -1 supérieures au CAT test !.

Les VAMS obtenues peuvent s'échelonner entre 17.2 + 1.1 km .h -1 avec le test sur piste de Léger et Boucher et 17.8 + 0.9 km .h -1 avec le test derrière cycliste de Brue, 1895 (tableau 2 ci-dessous) ce qui constitue un handicap certain lorsque l'on veut utiliser la VAM comme référence pour planifier les intensités d'entraînements ou pour mesurer l'endurance aérobie d'une personne (Péronnet 1988, Péronnet et al. 1991, Billat et Koralztein 1996).

Léger - Boucher

Vam-éval

VAM extrapolée

TUB 2

Brue

 

VAM

km/h -1

 

 

17.2

+ 1.1

 

17.3

+ 1.1

 

17.32

+ 0.96

 

17.4

+ 1.

 

17.8

+ 0.9

Tableau 2 : VAM (?) obtenues par les mêmes sujets ( n = 17) aux quatre tests. Différence significative p<0.05 (test wilcoxon) entre Léger-Boucher et Brue.

Autrement dit, il existe autant de VAM qu’il existe de protocoles, ce qui peut expliquer pourquoi des différences souvent importantes sont obtenues au niveau des durées pendant lesquelles les sujets évalués sont capables de courir à 100% de leur VAM. Rappelons que l’endurance aérobie étant définie comme «le pourcentage de la puissance aérobie maximale (ici représentée par la VAM) susceptible d’être maintenu le plus longtemps possible » de nombreux auteurs utilisent la durée de course à 100% de VAM pour l’évaluer (Billat et al. 1994, Berthoin et al. 1995). Selon Péronnet et al. 1991, la durée de course à 100% de VAM obtenue avec le test de Léger-Boucher serait de 7 min avec des sujets moyennement endurants. Il est évident que cette durée devrait être inférieure en utilisant les autres tests et plus particulièrement le test de course derrière cycliste de Brue (1985) et a fortiori le C.A.T. test qui surestime de façon importante la VAM.
Aussi, afin d’éviter les actuelles confusions, nous suggérons d’utiliser le concept de VAM spécifique en précisant le test avec lequel elle a été obtenue (ex : VAM Léger-Boucher, VAM TUB2, VAMEVAL, VAM Brue) plutôt que le concept unique de VAM.

REMARQUE

1• Le test Vam-éval a été élaboré pour rendre le test Léger et Boucher plus accessible et plus précis. La pente d’augmentation de l’intensité étant rigoureusement la même : ½ km.h -1 par palier de 1 min à la place de 1 km.h-1 par palier de 2 min, le test VAMEVAL bénéficie indirectement du niveau de validité du test de Léger et Boucher. Par contre les VAM obtenues s’avèrent plus précises au ½ km.h-1 près avec le test Vam-éval.
2• Une étude très récente (Hourcade 1997) ne montre aucune différence significative entre les VAM obtenues au Vam-éval et celles obtenues au TUB2 . On peut donc indifféremment utiliser ces deux tests pour obtenir la VAM.

1 - Vam-éval - 2 -Léger et Boucher 3 - TUB2 4 Derrière cycliste

1 - Vam-éval - 2 -Léger et Boucher 3 - TUB2 4 Derrière cycliste
Tableau 3
Classement final selon la précision de la VAM obtenue
Classement final selon la précision de la VAM obtenue

NIVEAU DE FIDELITE

Le niveau de fidélité d'un test est défini par les résultats obtenus par les mêmes sujets passant deux fois le même test à peu de jours d'intervalle. Le test est dit fidèle lorsque les résultats entre test et re-test demeurent stables : pas de différence significative et corrélation proche de 1. Hormis le test de Cooper, la standardisation rigoureuse et enregistrée sur bande sonore des tests progressifs de course navette de 20 m , de course sur piste (Léger-Boucher, Vam-éval, TUB 2 ) et de course derrière cycliste, leur confère une grande fidélité externe (liée aux conditions extérieures au sujet) à la condition de vérifier la vitesse de défilement du magnétophone utilisé et de les faire passer dans les mêmes conditions environnementales (piste, climat, heure de la journée...).

Remarquons cependant que le niveau de fidélité interne (propre au sujet) peut varier entre deux tests lorsque l'évalué découvre le test pour la première fois. Chez des enfants et des adolescents nous avons trouvé une étendue de différences en plus lors du re-test allant de 5 à 10 % liée uniquement à «l'effet découverte » voire à l'apprentissage. Ensuite les résultats demeurent très stables. En conséquence, il est donc recommandé de n'enregistrer que les résultats obtenus au deuxième test.

   
 

 

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