TESTS DE TERRAIN POUR EVALUER LA CAPACITE AEROBIE ET UTILISATION DE LEURS RESULTATS Georges CAZORLA


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AVANT PROPOS

Notre exposé portera d'une part sur l'étude critique des tests de terrain susceptibles d'évaluer chacune des deux principales composantes de la capacité aérobie  : la puissance aérobie maximale fonctionnelle (PAMF) et l'endurance aérobie(EA) et d'autre part sur les possibilités d'utiliser leurs résultats pour orienter et contrôler les intensités de l'entraînement.

QUELQUES DEFINITIONS PREALABLE

Nous venons d'utiliser trois concepts qui seront ensuite largement repris dans la présente étude, aussi, afin d'éviter toute éventuelle ambiguïté ou erreur d'interprétation il convient d'en proposer préalablement les définitions que nous leur attribuerons.

La capacité aérobie représente la quantité totale d'énergie potentielle susceptible d'être fournie par voie oxydative .Comme elle dépend des réserves totales de substrats utilisables (ou «carburant » de l'organisme) : glycogène, glucose circulant, acides gras libres, voire même dans certaines circonstances, acides aminés... et bien sûr, de la totalité de l'oxygène (ou «comburant ») utilisé pour leur combustion, son évaluation directe est impossible. Par contre on peut indirectement en apprécier l'importance par l'évaluation de ses deux composantes que sont : la puissance maximale et l'endurance.

La puissance aérobie maximale (P.A.M.) est la quantité maximale d'oxygène qu'un organisme peut utiliser par unité de temps (généralement par minute) au cours d'un exercice musculaire intense et d'une durée égale ou supérieure à quatre minutes. Elle correspond au VO 2 max

( V = débit ; O 2 = oxygène ; max = maximal) ou consommation maximale d'oxygène.

L'endurance aérobie (E.A.) est la fraction ou le pourcentage de VO 2 max ou de la P.A .M. ou encore de la vitesse aérobie maximale (V.A.M.) susceptible d'être maintenu au cours d'une épreuve d'une durée donnée. Par exemple courir pendant 12 min (test de Cooper) ou un 5000, un 10000,un 20000 m , un semi-marathon ou un marathon et calculer ensuite à quel pourcentage moyen de la V.A.M. correspond la performance réalisée.

L'E.A. est aussi la durée d'une activité susceptible d'être maintenue à un pourcentage donné de VO2 max, de la P.A.M.ou de la V.A.M. Par exemple fixer un pourcentage de la V.A.M. (85,90,95,ou 100 %) et chronométrer la durée maintenue à cette vitesse.

Dans les deux cas, l'évaluation de l'endurance aérobie nécessite donc de connaître préalablement la vitesse aérobie maximale.

La vitesse aérobie maximale (V.A.M.) ou puissance aérobie maximale fonctionnelle (P.A.M.F.) est la vitesse limite atteinte à VO 2 max. Elle résulte de l'interaction de trois facteurs :1-de VO 2 max, 2-du rendement de la locomotion (course, cyclisme, natation...) encore défini comme efficacité ou économie du mode de locomotion utilisé et 3-de la motivation pour pouvoir l'atteindre VO 2 max au cours d'une épreuve intense et prolongée.

L'économie de locomotion (de course, de nage, de pédalage...) représente l'énergie pour se déplacer à une vitesse donnée ou mieux, à un pourcentage donné de VO 2 max ou de V.A.M.

EVALUATION DE LA P.A.M. ET DE LA V.A.M.

Depuis 1982, date à laquelle nous avons introduit en France les épreuves progressives de course permettant d'évaluer sur le terrain la puissance aérobie maximale fonctionnelle et d'extrapoler VO 2 max (Léger et Boucher, 1980 ; Léger et Lambert, 1982), à la très populaire épreuve de douze minutes de course et de marche de Cooper (1968) essentiellement utilisée jusqu'alors, se sont ajoutés de nombreux autres tests aux protocoles et aux objectifs plus ou moins proches.

Devant cette abondance, nombreux sont les praticiens qui, aujourd'hui, s'interrogent avant de choisir le test correspondant le mieux à leur(s) besoin(s) et à leur(s) moyen(s).

L'objet de notre présentation est d'abord, de tenter de les aider à établir leur choix en toute connaissance de causes et ensuite, de leur suggérer quelques utilisations possibles des résultats obtenus. Pour ce faire, nous passerons préalablement chacune des épreuves les plus connues au tamis méthodologique constitué par quatre critères d'appréciation : la pertinence, la validité, la fidélité et l'accessibilité. Cette étude critique devrait permettre d'établir un classement avant d'explorer deux pistes d'utilisation possible des résultats obtenus : l'une à partir de la référence principalement recherchée : la vitesse aérobie maximale (VAM), l'autre avec la relation vitesse-fréquence cardiaque (FC) issue d'une des épreuves retenues.

ÉTUDE CRITIQUE DE SIX TESTS

Nous avons écarté de notre étude deux tests dont la seule valeur est la facilité de leur mise en œuvre : le test des italiens Conconi et al., 1982 et, celui baptisé par ses auteurs français Chanon et Stephan (1985) : « Control aerobic training » ou C.A.T. test. Par contre, leur niveau de validité et de fidélité, deux des critères majeurs de la fiabilité d'un test, n'ont pu résister aux critiques méthodologiques et aux expertises expérimentales (voir notamment Brue et Montmayeur, 1988 ; Léger 1988 ; Lacour et al., 1987 ; Cazorla, 1990 ; Jones et Doust, 1997).

Six autres tests qui résistent à cette première critique font l'objet de la présente expertise (voir encadré). Il s'agit des tests :

- de la plus grande distance parcourue en 12 min de Cooper,1968 :
- progressif de course navette de Léger et Lambert (1982),
- progressif de course sur grand terrain de Léger et Boucher (1980),
- progressif Vam-éval de Cazorla et Léger (1993),
- progressif de course derrière cycliste de Brue (1985),
- progressif de course à paliers de 3 min, ou test de l'Université de Bordeaux 2 (TUB 2 , Cazorla 1990).

NIVEAU DE PERTINENCE

Le niveau de pertinence est dicté par l'objectif ou les objectifs que se fixe l'utilisateur d'un test donné. C'est d'ailleurs à cet endroit que l'on observe les plus grandes confusions, aussi faut-il se poser les bonnes questions relatives à ses utilisations possibles.

S'agit-il d'établir un simple diagnostic initial sur le niveau de développement de la capacité aérobie ? Dans ce cas seul un indice de l'aptitude aérobie suffit et n'importe lequel des six tests précédents peut être retenu.

Veut-on évaluer la puissance aérobie maximale d'un ou de plusieurs sujets ? Hormis le test de Cooper, tous les autres le permettent avec cependant une meilleure validité obtenue avec les tests navette de 20 m de Léger et Coll. (1985).

S'agit-il encore d'obtenir une vitesse limite référence ou vitesse aérobie maximale (VAM) afin de mieux orienter et contrôler les intensités d'entraînement ? Dans ce cas un simple indice aérobie ne suffit plus. Ne disposant que d'un chronomètre et de distances, l'enseignant d'EPS, l'entraîneur et le sportif ont surtout besoin de références chronométriques pour élaborer les contenus de leurs entraînements. Plus que la connaissance de VO 2 max, c'est celle de la vitesse limite de course atteinte à VO 2 max ou vitesse aérobie maximale (VAM) qui leur est indispensable. A partir de cette vitesse, peuvent facilement être programmées les intensités et les durées optimales utiles de course et être connues leurs répercussions physiologiques (voir tableaux dans les diapositives figurant dans la présentation conjointe). Dans cette perspective, nous avons développé un logiciel (biologiciel) qui permet de traduire ces intensités et leurs pourcentages par rapport à la VAM, en temps de passage à des intervalles de distances choisies ou en distances à parcourir pour des intervalles de durées connues (voir tableaux dans les diapositives figurant dans la présentation conjointe).

Les tests progressifs de course sur piste : VAM-EVAL, Léger et Boucher, Brue et TUB 2 peuvent parfaitement répondre à ce type d'utilisation.

S'agit-il enfin d'obtenir non seulement la VAM mais aussi d'explorer les vitesses intermédiaires correspondant aux limites des mises en jeu métaboliques aérobie, anaérobie et mixte ainsi que les réponses cardiaques en état stable et au cours d'intervalles de récupération ? Dans ce cas le TUB 2 permet de répondre à ces différents objectifs.

Le tableau 1 ci-dessous récapitule la pertinence du choix éventuel des six différents tests.

TESTS

RÉSULTATS

OBJECTIFS (*)

 

 

 

ICA

PAM

VO 2 max

VAM

PMT

.12min de course :


2400 m : Cooper

.course navette 20m Leger et al.

.course sur piste

Léger et Boucher

vaméval
Cazorla et Léger


.Course-derrière cycliste, Brue

TUB 2 : paliers
3 min, Cazorla,

Plus grande distance parcourue


Plus petite durée

Dernier palier complété




Dernier palier complété


Durée dans le dernier palier


Durée dans le dernier palier



Durée dans le dernier palier

Oui


Oui

Oui




Oui


Oui


Oui



Oui

Non


Non

Oui




Oui


Oui


Oui



Oui

Non

Non
non

Oui




Oui


Oui


Non



Oui

Non


Non

Non




Oui


Oui


Oui



Oui

Non


Non

Non




Non


Non


Non



Oui

Tableau 1 : PERTINENCE DU CHOIX D'UN TEST. Aide à l'orientation de ce choix en fonction des objectifs de l'utilisateur.(*) ICA : indice de capacité aérobie ; PAM : puissance aérobie maximale ; VO 2 max : consommation maximale d'oxygène ; VAMS : Vitesse aérobie maximale spécifique, PMT : plages métaboliques transitionnelles.


     
 

 

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