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CŒUR ET PARACHUTISME
Jean Michel CHEVALIER, François COLOMB. *

* Service de Cardiologie, Hôpital des Armées R. Picqué, BORDEAUX.

Le saut en parachute réalise un stress à trois composantes :

- physique :
lors des déplacements avec un équipement plus ou moins lourd (23 kg en milieu militaire, bien plus léger en paraclub) et du fait des contractions isométriques lors du saut ;

- environnemental :
accélérations et décélérations, hypoxie relative, froid extérieur et effet vent sur la face, bruit et vibrations de l'avion ;

- psychologique :
le stress domine de façon écrasante la physiologie du parachutiste. Cependant, ce stress intense et brutal dépend de l'émotivité du sujet. La peur est multi factorielle : peur de ne pas sauter, peur du vide, peur de l'accident en l'air, peur de l'atterrissage. Si cette peur s'estompe au fil de l'expérience acquise, le stress persiste chez le parachutiste entraîné avec une réaction d'éveil plus sélective ( anticipation mentale des gestes à effectuer lors de la chute libre par exemple). Un saut réussi est suivi d'une phase d'euphorie tout aussi intense.

L'approche des réactions cardiovasculaires peut se faire par la mesure ambulatoire de la pression artérielle (MAPA) et l'enregistrement continu de l'électrocardiogramme par la méthode Holter. Un projet de recherche clinique a été mené à l'Ecole des Troupes Aéroportées de PAU sur les sauts en parachute à ouverture automatique (SOA) chez des professionnels volontaires. Aucune gêne et aucun incident ne furent signalés.

Sur les 29 MAPA interprétables de façon correcte, la pression artérielle systolique (PAS) moyenne de repos a été de 122 7 mm Hg. Son élévation débute progressivement, au moins 2 heures avant le saut, pour atteindre un pic moyen lors du saut à 168 35 mm Hg (soit une augmentation moyenne de 46 mm Hg). Il est important

de souligner que 50% des sautants ont une PAS 180 mm Hg et 16 % 200 mm Hg. 30 minutes après le saut, la PAS moyenne était de 132 11 mm Hg. Le retour à la PAS initiale ne s'est fait qu'1 heure 30 plus tard.

La pression artérielle diastolique (PAD) moyenne de repos était de 73 8 mm Hg. Cette PAD reste inchangée 30 mn avant et 30 mn après le saut. Elle diminue pour atteindre 58 7 mm Hg à l'atterrissage. Cet élargissement de la différentielle s'explique par la bonne compliance artérielle du sujet jeune.

39 holters rythmiques des 24 heures ont été analysés chez un autre groupe de volontaires sains. La Fc moyenne est passée de 69 8 bpm au repos à 148 12 bpm au moment du saut, avec des extrêmes allant de 142 à 220 bpm. On note une anticipation du saut dès l'heure précédente, puisque 92 % des sujets ont une Fc 100 bpm. Le retour à la fréquence de repos se fait en moyenne 1 h 30 après le saut, avec des extrêmes jusqu'à 3 heures. L'analyse du rythme n'a montré que très peu d'extrasystoles ventriculaires et aucun doublet. Par contre, on note un certain nombre d'extrasystoles supra ventriculaires d'interprétation difficile du fait des artéfacts de mouvement. Aucun trouble du rythme soutenu, aucune pause vagale significative ni aucune ischémie n'ont été enregistrés.

De façon surprenante, ces travaux montrent que les parachutistes professionnels anticipent le saut au moins
1 heure avant et ne recouvrent leurs paramètres cardiovasculaires de repos qu'1 heure 30 après un saut sans charge ni incident. Il est possible que les réactions soient moins intenses chez le parachutiste sportif pratiquant dans un cadre d'activité de loisir.
Le parachutisme professionnel ou sportif impose une bonne condition physique et une vérification annuelle de l'intégrité cardiovasculaire.

En pratique : bonne condition physique et intégrité cardiovasculaire.